Le Revival du garage rock

Mis à jour : juil. 5

À la fin des années 90, après le raz-de-marée du grunge aux États-Unis et l’explosion britpop en Angleterre, le rock a changé : plus expérimental, comme Radiohead ou plus folk, comme Elliott Smith. Mais en 2001, à New-York, un groupe réveille le rock à guitares avec leur premier album : The Strokes.


The Strokes by Roger Woolman, 2002

Les inspirations principales du renouveau du garage rock ne datent pas d’hier : le punk-rock des années 70 avec les Ramones, les New-York Dolls ou bien sur Television, le garage rock des années 60 qu'on retrouve sur les compilations Nuggets (1972), et pour finir, le Velvet Underground. Les groupes du début des 00s se voulaient une réponse au nu-métal (Linkin Park), au rap et à la pop commerciale. Le principe était simple : reprendre les éléments musicaux (et le style vestimentaire punk, Converse, jeans et t-shirts) des groupes des années 60 et 70, en les modernisant un peu. Et on peut dire que ça a bien marché.

Géographiquement, tout part des Etats-Unis, plus particulièrement de deux villes : Detroit et New-York. On retrouve dans la scène musicale de cette dernière, au début des années 2000, des groupes pionniers comme Interpol, Yeah Yeah Yeahs, LCD Soundsystem et The Strokes.

LA SCÈNE NEW-YORKAISE

Commencons par une rapide biographie de chacun de ces groupes, voulez-vous ?

Interpol a été fondé en 1997, à Manhattan par Paul Banks, Daniel Kessler, Carlos Dengler et Greg Drudy. Après être passé par le club Luna Lounge (ou jouèrent à peu près tous les groupes cités précedemment) et avoir sorti quelques EPs auto produits, en 2002 sort leur premier album, Turn On The Bright Lights, acclamé par la critique.

Yeah Yeah Yeahs, de leur côté, se forment en 2000 avec Karen O, pianiste et chanteuse, Nick Zinner, guitariste et Brian Chase, batteur. Ils font la première partie des Strokes au début de leur carrière, ce qu'il permet d'acquérir un peu de notoriété, et c'est en 2001 qu'il sortent leur premier EP, puis en 2003 leur premier album, Fever To Tell, assez influencé par des groupes tels que Siouxsie & The Banshees.

LCD Soundsystem est un des plus jeunes : le groupe se forme en 2002, James Murphy, Nancy Whang et Pat Mahoney étant les trois fondateurs. Musicalement, ils sont assez éloignés de leurs collègues du moment : plus dansant, plus électronique, avec sysnthétiseurs et boîtes à rythme. Entre 2002 et 2004, ils sortent plusieurs singles, puis leur premier album en 2005, sobrement appelé LCD Soundsystem.

Et enfin, last but not least, ceux qui ont remis le rock sur le devant de la scène avec leur premier album Is This It en 2001 : The Strokes.

Le groupe est composé de Nikolai Fraiture, Fabrizio Moretti, Nick Valensi, Albert Hammond Jr. et du chanteur Julian Casablancas.

Les futurs membres se rencontrent au fur et à mesure dans les années 80 et 90, mais c’est en 2001 qu’ils commencèrent sérieusement à faire parler d’eux, grâce au succès de l’EP The Modern Age, puis explosèrent véritablement avec l’album Is This It. Un énorme succès, la presse s’enflamme et les singles "Last Nite", "Hard To Explain" et "Someday "deviennent des tubes dès leur sortie.



LA SCÈNE DE DETROIT


Mais un groupe a commencé avant les Strokes, avant Interpol, avant tous les autres, et ils viennent de Detroit : The White Stripes.

Jack Gillis, guitariste, rencontre Meg White au début des années 1990. Ils se lient d’amitié, puis tombent amoureux, puis se marient en 1996. Jack prend le nom de famille de sa femme, parce que c’est beaucoup plus cool de s’appelle Jack White que Jack Gillis. Meg apprend à jouer de la batterie à partir de 1997, et le couple devient un groupe, et les White Stripes sortent leur premier single en février 1998, "Let’s Shake Hands"

Leur premier album, The White Stripes, sort en 1999, suivi en 2000 par De Stijl, ces deux disques étant fortement inspiré par le blues, et ne rencontrant que peu de succès commercial. En 2001, c’est White Blood Cells qui sort et cette fois, ils deviennent très populaire aux États-Unis, mais leur véritable succès sera l’album suivant : Elephant.

Avec le tube "Seven Nation Army" (entre autres), les White Stripes remportent plusieurs récompenses et deviennent un élément indispensable du renouveau du garage rock.

Ce n’est pas le seul groupe à venir de Detroit : The Von Bondies et leur album Pawn Shoppe Heart en 2004 ont également connu le succès, mais Jack et Meg White sont de loin les plus célèbres.


En Californie, de nombreux groupes se sont également formés, mais un peu plus tôt, au milieu des années 90. On y retrouve The Dandy Warhols (1994) ou Brian Jonestown Massacre (1990), parmi beaucoup d’autres.

PARTOUT DANS LE MONDE


Bien sûr, les États-Unis n’ont pas le monopole des groupes du revival garage rock. Un des plus populaires est originaire de Scandinavie, plus précisément de Suède : The Hives.

L'histoire du groupe commence en 1989, quand cinq jeunes musiciens (Howlin'Pelle, Nicholaus Arson, Chris Dangerous, Vigilante Carlstroem et Dr. Matt Destruction - oui, ce sont des pseudos) décident de former un groupe de garage rock. Leur premier EP ne sortit qu'en 1996, puis leur premier album, Barely Legal, l'année suivante ("Barely Legal" est aussi le nom d'une chanson des Strokes, tiens, marrant).

Mais c'est en 2000 qu'ils atteignent le sommet des charts avec le disque Veni Vedi Vicious. Avec les célèbres singles "Hate To Say I Told You So" et "Main Offender", The Hives deviennent un des groupes suédois les plus populaires depuis Europe ou Ace Of Base.




Mais un des pays ou le garage rock redevient un des genres majeurs, c'est évidemment en Angleterre, avec notamment un groupe formé en 1997 par Gary Powell, John Hassal, Carl Barât et Pete Doherty : The Libertines.

Le groupe est signé sur le label Rough Trade en 2001 et leur premier album sort en 2002. Up The Bracket est produit par ni moins que Mick Jones, ancien guitariste des Clash. L'album remporte un bon succès commercial et critique avec notamment des singles comme l'hymne "Time For Heroes" ou l'éponyme "Up The Bracket". Des tensions commencent à se faire sentir entre Barât et Doherty, ce dernier faisant usage de beaucoup, beaucoup de drogues. Il est donc renvoyé du groupe jusqu'a qu'il soit clean et pour se venger, Pete décide de cambrioler l'appartement de son collègue, ce qui lui vaudra une peine de prison. Pas grave, les deux leaders se réconcilient et enregistrent un deuxième album : The Libertines. Même s'il contient les excellents "Music When The Lights Go Out", "Can't Stand Me Now" ou "What Became Of The Likely Lads ?", ce disque est globalement moins bon que le premier et signe la fin des Libertines après un dernier concert à Paris, encore sans Pete.


The Libertines vers 2002


Franz Ferdinand est également un des groupes qui a marqué le début des années 2000. Formé en 2002, ils connaissent le succès en 2004 avec l'inoubliable "Take Me Out" et leur premier album Franz Ferdinand. Mené par le chanteur Alex Kapranos, ils obtiennent encore des succès avec "Do You Want To" en 2005 ou "Ulysses" en 2009.

Et enfin, les plus récents, Arctic Monkeys. Alex Turner, Jamie Cook, Matt Helders et Andy Nicholson, camarades de classe, forment le groupe en 2002, à Sheffield.

Au fur et à mesure des concerts et des démos distribuées après les concerts, les Arctic Monkeys commencent à se constituer une bonne base de fans et sortent leur tout premier EP en 2005, avec deux chansons qui se retrouveront sur leur premier album : Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not.

Le disque est un raz-de-marée absolu, battant le record du premier album le plus vendu de tout les temps (record auparavant détenu par Suede, Oasis et Elastica, dont les histoires vous sont contées dans cet article).

Avec les singles "I Bet That You Look Good On The Dancefloor" et "When The Sun Goes Down", le premier album du groupe est encensé par la critique et permet au Arctic Monkeys de devenir un incontournable de la scène rock anglaise.



LE DÉCLIN


A partir de la fin des années 2000, le rock perd en popularité. Le rap et la pop occupent les premières places des charts et les groupes du début des années 2000 se séparent, arrêtent les tournées, font une pause etc.

Après Antics en 2004 et Our Love to Admire en 2007, le groupe Interpol fait face au départ du bassiste Carlos Dengler et se met en repos jusqu'en 2014 et El Pintor, puis le disque Marauder en 2018.

Yeah Yeah Yeahs sortent leur deuxième album, Show Your Bones, en 2006, suivi par It's Blitz! en 2009, tout deux des succès critiques. Le quatrième album se nomme Mosquito et sort seulement en 2013, peu avant que le groupe fasse un hiatus jusqu'en 2017, revenant sur scène avec une réédition de leur premier album Fever To Tell.

La bande de James Murphy, LCD Soundsystem, sort son deuxième album en 2007, intitulé Sound Of Silver. Les critiques sont très bonnes, et l'album suivant, This Is Happening sort en 2010. Mais en 2011, le groupe annonce un dernier concert au Madison Square Garden, puis se sépare jusqu'en 2015, année du retour avec un nouveau single, puis leur participation au festival de Coachella en 2016, et pour finir, l'album American Dream en 2017.



Et les Strokes alors ? Eh bien, après Is This It, le groupe sort Room On Fire en 2003. Le son est plus travaillé, moins brut, et l'album n'est pas un succès aussi retentissant que le premier. First Impressions Of Earth est dévoilé en 2006, porté par les singles "You Only Live Once" et "Juicebox", puis le groupe fait une pause jusqu'à Angles en 2011. Ici, les Strokes changent de style, utilisant des synthés et un son plus électro. Comedown Machine marque le retour à un son plus rock avant un vide discographique de 7 ans, puis la sortie de The New Abnormal en avril 2020, produit par le grand Rick Rubin.


Du côté des White Stripes, après le succès d'Elephant et "Seven Nation Army", ils explorent de nouveaux sons sur Get Behind Me Satan en 2005, mais reviennent aux influences blues sur Icky Thump, qui leur vaudra un Grammy Award en 2008. Et puis le groupe se sépare en 2011, Jack White s'en allant vers de nouveaux projets en solo.

The Hives sortent Tyrannosaurus Hives en 2004, avec le tube "Walk Idiot Walk", puis The Black And White Album en 2007 suivi par Lex Hives en 2012, leur dernier album en date.


En Angleterre, les rumeurs tournent à propos d'une reformation des Libertines, rumeurs qui se concrétisent avec leur concerts aux festivals Reading & Leeds en 2010. Mais c'était juste pour trois concerts et il faudra attendre 2014 pour une véritable réunion et 2015 pour un nouvel album, Anthem For Doomed Youths. A ce jour, le groupe tourne toujours, Carl Barât et Pete Doherty étant plus ou moins en bons termes.



Franz Ferdinand sortent plusieurs albums, sans avoir le succès de leur premier disque, jusqu'en 2018, date de sortie de Always Ascending, leur dernier opus en date.

Les Arctic Monkeys enchaînent en 2007 avec Favourite Worst Nightmare et "Fluorescent Adolescent", chanson qui compte parmi les plus connues du groupe. Alex Turner s'embarque ensuite dans le projet The Last Shadow Puppets avec le musicien anglais Miles Kane, mais ça ne l'empêche pas de travailler sur le prochain album des Monkeys, Humbug sorti en 2009 et encore numéro 1 des ventes. S'ensuit Suck It And See en 2011 (décidément, ils sont productifs) et l'énorme carton de AM en 2013. Ce disque contient "R U Mine" et "Do I Wanna Know", deux tubes absolus qui ramènent le groupe sur le devant de la scène, avant un hiatus jusqu'a 2018 et Tranquillity Base Hotel + Casino, beaucoup plus calme et relax.


Bien sûr, les groupes du début des années 2000 ne sont plus aussi influents qu'à l'époque, mais la deuxième génération arrive : des groupes comme Fontaines D.C. ou IDLES remettent le post-punk au goût du jour, pour notre plus grand plaisir !



Playlist :


Pour bien commencer :

  • The Strokes - Is This It (2001)

  • The White Stripes - White Blood Cells (2001)

  • Interpol - Turn On The Bright Lights (2002)

  • The Libertines - Up The Bracket (2002)

Aller plus loin :

  • The Hives - Veni Vedi Vicious (2000)

  • Yeah Yeah Yeahs - Fever To Tell (2003)

  • The Strokes - Room On Fire (2003)

  • The Libertines - The Libertines (2004)

  • LCD Soundsystem - Sound Of Silver (2005)

  • Arctic Monkeys - Whatever People Say I Am, That's What I'm Not (2006)

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